Monotone

De quoi sert cette oblongue capsule ? D'écritoire, Monsieur, ou de boîte à ciseaux ?

Nom :
Lieu : Enghien, France

Peut etre papillon. Maybe butterfly.

26 novembre 2009

Reprise

je reprends ce blog trop longtemps délaissé.
Action !

15 janvier 2007

l'ombre du chat.

C'est en retrouvant le fil de mes pensées que j'ai perdu mon ombre. Un jour de soleil sournois. J'avais une ombre autrefois. Sans doute une part de ma présence dans la multitude. Une preuve aussi. Au fil du temps. Mon ombre me disait que j'étais un obstacle à la lumière dont la vérité immuable me donnait l'air de mentir. Mon chat aussi a perdu la sienne. Pourtant ses vérités ne sont pas les miennes. Quel est ce fil qui tisse ses pensées félines ? A bon chat, bon rat. J'ai pris l'ombre du chat.

20 novembre 2006

La lettre


Je marche entravé. Mon corps ne se laisse pas oublier. Il a sa volonté propre. Je le traîne dans mes démarches comme on traîne après soi un enfant qui a du mal à suivre, et continue imperturbable ses dialogues et ses jeux. Ainsi mon corps est rendu à son enfance. Il a pris des vacances, libre à moi de le rejoindre. Ce n'est pas du tout facile de vivre partagé.
Distrait, je ne nie pas la beauté du jour. Le jet d'eau d'un jardin lave l'éclat rose des briques. Les graviers font un bruit frais. D'où suis-je ? Je tâche un moment d'être attentif, je secoue des jougs invisibles, je ramène derrière les oreilles mes cheveux comme s'ils étaient cause de cette fièvre de mes joues. Je me tiens droit, je m'applique à me simplifier. Mais la rigidité ne m'est pas naturelle, et dure peu.
Les sources que j'opprime veulent être reconnues.
Assis, mes genoux se défont.
A nouveau courbe, inflexion, consentement, je me rends à la forme d'un indolent bouquet. Et ma bouche me donne à boire.
Ta lettre est d'un poids léger dans ma main.
Je retarde un peu le moment de l'ouvrir.
Je déplie la feuille, je l'épanouis,
Acte de naissance du jour.
La parole est donnée.
Et par cette solennité, ce jour-ci est fondé.
La chambre est autour de ta lettre. Nous nous regardons.
Un joug très vieux ploie ma nuque.
je sais la douleur d'être objet.
J'ai senti comme mes mains perdaient le pouvoir de saisir, mes jambes la force de se mouvoir, ma langue le privilège de nommer. Toutes mes forces inversées m'ont enfermée. Mes yeux ont cessé de voir, mes lèvres de parler. Mon poids m'est devenu sensible. Je suis semblable au lit.
Ma tête meurt sur ma poitrine. Je n'entends plus que mon coeur.

Enygme

Large, large au soleil. Et sans ombres
Je suis le blé des greniers, si mobile, si liquide sous mes mains que j'y plongeais.
Qu'on me remue, qu'on m'aère
Je suis la terre même.
Je suis la meule qui ne moud rien depuis des siècles et qui repose, tout incrustée de fossiles.
Je suis le lait, l'opaque
Je suis la nuit éclatée
Je suis couché sur la terre
en sens inverse de sa course. Les étoiles ne sont pas moins énigmatiques que mon sourire.

19 novembre 2006

Plaisir et Substitution

Automne, acide adulation. Candide candidat au carnaval des justes causes. Vulnérable vulgarité des violences suprêmes. Sentence et sentiment. Univers restraint.Refuge et réconciliation. La procession du poison perméable et permanent dans le mythe moral. Minéral, médiéval, lugubre. L'impasse est inaction tant l'hypnose est hypocondriaque. Fondation du souvenir.

Pétales

Paupières pour pétales, pour y déposer des pétales semblables, ce que font sur leurs lèvres les petites filles ..
de rose rouge
de rose bleue
pour tes paupières non pas ces pétales de roses rouges que jouaient les filles à mettre à leur bouche, mais feuilles tendres, peut-être celles de l'acacia et tu t'eveilleras avec des yeux d'oiseau dans son arbre.

Je ne sais pas la couleur de tes yeux
Tes yeux, lessives anciennes
Des yeux indéfinis

Douceur des lessives anciennes mises à sécher à l'ombre des préaux d'écoles.

16 novembre 2006

Nobody

For a moment I was so confused that I actually thought I had never in all my life seen anythjing so beautiful as this girl- although I only caught her from behind in silhouette against the candlelight. I meant, of course, I had never smelled anything so beautiful. But since I knew the smell of humans, knew it a thousandfold, men, women, children, I could not conceive of how such an exquisite scent could be emitted by a human being. Normally human odour was nothing special, or it was ghastly. Children smelled insipid, men urinous, all sour sweat and cheese, women smelled of rancid fat and rotting fish. Totally uninteresting, repulsive - that was how humans smelled ... And so it happened that for the first time in my life, I did not trust my nose and had to call on my eyes for assistance if I was to believe what I smelled. This confusion of senses did not last long at all. Actually I required only a moment to convince myself optically _ Then to abandon myself all the more ruthlessly to olfactory perception. And now I " smelled " that this was a human being, smelled the sweat of her armpits, the oil in her air, the fishy odour of her genitals, and smelled it all with the greatest pleasure. Her sweat smelled as fresh as the sea breeze, the tallow of her hair as sweet as nut oil, her genitals were as fragant as the bouquet of water lilies, her skin as apricot blossoms ... and the harmony of all these components yielded a perfume so rich, so balanced, so magical, that every perfume that I had smelled until now, every edifice of odours that I had so playfully created within myself, seemed at once to be utterly meaningless. A hundred thousand odours seemed worthless in the presence of this scent. This one scent was the higher principle, the pattern by which the others must be ordered. It was pure beauty. ( Patrick Süskind, translated from the German).

06 novembre 2006

Essaim

Mais comment l'aurait-elle su? Elle ne le disait si haut que pour se donner du courage. A peine l'avait-elle prétendu, elle en désespérait. Autant vouloir, songeait-elle, saisir l'eau, retenir le vent. Elle fermait les yeux pour mieux voir en deçà de ses larmes, et ce qui lui paraissait maintenant comme l'équivalent de deux mains amoureuses, c'était la lente combustion de très grands arbres mus par la brise dans la lumière d'un après-midi d'été. Peupliers où l'on entend la rivière. Où l'on voit bruire la rivière sous les espèces d'un vertical ruissellement de médailles. Peupliers comme le ternissement d'un trésor, son usure perceptible dans la durée. Elle les avait regardés, écoutés très longtemps avant de pouvoir se soustraire à la fascination qu'ils exerçaient sur elle. C'était un tel fourmillement. .. Ce mot, venu à ses lèvres, l'avait libérée : ce qu'elle observait, c'était la vie d'animaux par milliers; ce qui l'assourdissait, le grésillement d'ailes agglutinées. L'arbre vivait comme un essaim. Et l'arbre et l'essaim se confondant, et durant ensemble, ce qu'elle regardait vivre, c'étaient l'espace et le temps. Le temps, l'espace étaient visibles, étaient vivants, elle les regardait a leur source.
Comme elle regardait l'arbre et l'essaim semblable que faisaient les mains de son amant, et le temps, l'espace intimes y prenant source. Dès lors, comment dire les mains sans que chacune de leurs faces ne régénère autour de soi la totalité d'un moment? Comment les dire sans tout dire de soi, de Lui et du monde vécu ensemble? Il faudrait pouvoir isoler le reflet de leur assistance continuelle et furtive, recomposer cette lumineuse symphonie. Comment le saurait-elle?

Mais que ne demeurent jamais dans aucune mémoire, fût-ce mémoire de papier, ces vivants, ces gisants aux doigts liés.
Je referai tes mains et les miennes, et nous y serons contenus : nous, nos maisons, nos rivages, nos astres, nos préférences, nous-mêmes jusqu'aux empreintes de nos doigts, jusqu'aux bribes de baisers pleuvant perdues, jusqu'aux secrets infimes qui nous font rire, jusqu'aux larmes sans raison, jusqu'à l'origine et la fin de nos paroles.

04 novembre 2006

Centre-ville

Seul le vent, mieux que la nuit, lave la ville. Le soir est un présage. Elle aime dans cette heure la promesse du matin.
La nuit de novembre entre dans la ville dès la fin de l'après-midi. Travaiilant dans les bibliothèques, à la clarté du livre ouvert, elle n'avait mesuré le progrès de l'ombre au-dehors qu'à la variation de la teinte des vitres, en marge du temps, et ne s'en étonnait qu'à l'heure de rentrer chez elle ; quand, au sortir de la chaleur que font tant de souffles rassemblés, au sortir de l'odeur des livres qui écoeure et rassure comme celle des étables, elle rencontrait la nuit pleine. Elle y consentait, la préférant au demi-tour de la fin de l'automne. Loin de se sentir opprimée, par le contact du froid elle prenait possession de lumineux contours, se modelait en eux. L'obscurité lui révélait son corps plus net, et plus vif son regard se rouvrait pour supporter l'épreuve des enseignes multipliées. Elle embrassait l'air humide de lèvres soudain déliées et charitables . Et résistant à l'écoulement sale, dans ce désordre accru du centre de la ville à l'heure où finit le travail, elle se rassemblait et s'ordonnait, heureuse d'être aussi dense.
Bien qu'elle ne sortît jamais le soir, bien que la nuit d'ici ne lui parût pas digne d'être observée, sinon dans la distraction du sommeil, elle sentait à ce moment de la tendresse.
En dépit de ses feux, la ville était soumise ; l'inconnu y régnait uniformément ; les moindres rues étaient forcées. Une alerte tardive ramenait les gens chez eux. Mais il y aurait un moment où chacun se résignerait ; où l'on n'entendrait que le froissement de l'ombre entre les façades. La nuit s'immobiliserait et garderait les portes, avec la complicité de chars sans maîtres, et de l'oiseau de veille au jardin de la faculté.
Et que la ville fut inondée, avec son fleuve opaque, ses caniveaux fleuris des vermicelles qu'y déchargent les conduites d'eaux usées, ses lambeaux d'affiches parasites et la foule des véhicules arrêtés le long des trottoirs, que la ville fût noyée et toutes ses immondices soulevées et charriées, lui redonnait l'espoir de respirer dans un espace désemcombré, d'entendre jusqu'ici une rumeur d'eaux ou d'arbres, de reconnaître l'odeur de la pierre mouillée.
Seul le vent, mieux que la nuit, lave la ville. Le soir était un présage. Elle aimait dans cette heure la promesse du matin.
Elle revenait vers la maison par le chemin le plus court, comme si quelqu'un l'avait attendue. Il l'avait quittée au matin. L'unique pièce était vide. Mais elle n'éprouvait à s'en souvenir aucune amertume.
Toutes les rues de la ville concouraient vers la maison, tous les pas qu'elle faisiat l'y ramenaient. Il lui semblait qu'elle rejoignait son coeur même, son coeur qui n'était pas en elle, mais autour d'elle, son coeur qui l'enveloppait par tous les gestes qu'elle faisiait. Et la ville s'organisait autour de la chambre, autour de son coeur, la lumière qu'elle habitait, qu'elle avait partagée, qu'elle partagerait avec lui, l'espace des dimanches.
La porte dont elle avait seule la clef. La porte qui donne sur nous ... La porte s'ouvrait face aux carreaux sur la nuit. J'allume la lampe. Et par ce seul geste, je fonde l'entente avec les objets et les murs. Nous sommes entre nous. Je ferme avec douceur les persiennes. Tu es trop loin, je le sais, pour voir la lumière que j'allume, tu es trop loin pour voir cette lumière que je rallume en moi, après le terne jour de la fin de l'automne.
Après le repas rituel et simple, commence la veillée. Je travaille à la table desservie. La chambre est autour de moi. Où es-tu ? C'est ici que je te regarde, comme si tu t'étais dissous, après la nuit commune, dans le jour corrosif et les bruits de la rue ; comme si tu devais resurgir à un certain degré du silence, de la tiédeur, de mon désir.
La chaise qui me fait face de l'autre côté de la table est ta chaise. Je n'ai pas besoin de fermer les yeux pour te voir.

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